mardi 28 juillet 2026

L'ARTISTE PEINTRE AMÉRICAIN ROBIN WEISS RÉVÉLE LA BEAUTÉ D'UN MONDE QUI PASSE SOUVENT INAPERÇU...


La côte nord-ouest des États-Unis et du Canada est l’un des plus beaux coins du monde.  Les paysages y sont à la fois sauvages et majestueux, avec une faune et une flore riches et variées.  Les villes proposent des atmosphères variées et séduisantes, et leurs habitants incarnent la force et l’inspiration de leur cadre de vie.

Le touriste ou le visiteur qui découvre cette superbe côte du Pacifique est émerveillé par les trésors qu’elle recèle.  Il ne sait plus où poser les yeux, tant il y a de beautés à admirer.  

Pourtant, les habitants de ces endroits exceptionnels finissent souvent par s’y habituer, au point de ne plus en apprécier pleinement la beauté.  Ils ne remarquent plus vraiment la beauté des lacs et rivières, la majesté des montagnes, l’animation de la vie maritime, les panoramas époustouflants ou l’énergie vibrante de la vie urbaine.




  
C’est là qu’entre en scène l’artiste peintre Robin Weiss, qui ne se verrait vivre nulle part ailleurs qu’à Poulsbo (Salt Marsh, photo ci-dessus), une petite localité de 12 000 habitants qui borde la baie Liberty, située à 28 kilomètres au nord-ouest de Seattle.  

Seattle est surnommée la “Ville Émeraude” pour ses innombrables parcs, ses majestueux conifères, et sa végétation luxuriante, éclatante toute l’année.  Une beauté naturelle capable d’inspirer tous les artistes, et les peintres en particulier. 
 


Robin Weiss décrit ainsi son travail d'artiste pour mettre en valeur la beauté de sa région aux yeux des visiteurs et de ses concitoyens : «En tant que peintre, je pense que c’est mon rôle de donner au spectateur une chance, ou un second regard, sur une scène inobservée ou négligée que l’on ne remarquerait pas au premier abord».

Peintre prolifique d’environ 70 ans (sa courte biographie ne précise pas sa date de naissance, seulement qu’il a grandi dans le nord-est de l’État de l’Ohio), il connaît sa région sur le bout des doigts tant il l’a explorée et peinte sous tous les angles et dans les lumières les plus flatteuses.  Il ferait un guide touristique extraordinaire ! Mais à travers ses nombreuses toiles, il nous invite tout de même à parcourir son royaume de beauté... 

🎨UN TALENT PRÉCOCE, UN MENTOR EXCENTRIQUE ET UNE MAISON INSPIRANTE...
 

Robin Weiss a commencé à dessiner dès son plus jeune âge, et les cours d'art de son lycée à Chagrin Falls faisaient partie des rares matières qui le passionnaient vraiment.  C’est à ce moment-là qu’il a profité de l’enseignement du professeur et peintre Lou Penfield, qui allait devenir son mentor et un ami de longue date.

Weiss se souvient : «Après mon entrée au lycée, le cours d’art a eu une grande influence sur moi.  En fait, c’était l’un des rares cours qui retenait vraiment mon attention, principalement grâce à mon professeur, Lou Penfield.  Il a vu en moi un certain potentiel en tant qu’artiste et a commencé à m’enseigner la peinture à l’aquarelle.  C’est devenu une amitié pour la vie, et je dois beaucoup à Lou pour la personne que je suis aujourd’hui».

Lou Penfield (né à Willoughby, Ohio, le 31 décembre 1918 et décédé au Chardon Healthcare Center le 23 mars 2002) était un artiste excentrique et extravagant, au point de solliciter du célèbre architecte américain Frank Lloyd Wright les plans de construction de sa maison à Willoughby Hills, dans l’Ohio.


Commencée en 1955, cette maison de 1 730 pieds carrés de surface a été conçue sur mesure pour accommoder les six pieds huit pouces du géant Lou Penfield.  Les plafonds, les portes et les fenêtres devaient être particulièrement hauts, atteignant 12 pieds !  Mais le budget de 25 000 $ que l’audacieux peintre avait prévu pour ériger le bâtiment original s’est épuisé rapidement, et Penfield n'a pu le terminer.

Frank Lloyd Wright (né le 8 juin 1867 à Richland Center dans le Wisconsin, mort le 9 avril 1959 à Phoenix dans l'Arizona) a aussi dessiné les plans d'un studio adjacent à la demeure, et Lou Penfield le réalisera plus tard avec l'aide du jeune étudiant Robin Weiss.  Ce dernier ira d'ailleurs chercher des pierres de construction près de la rivière Chagrin située à proximité.



C'est à cet endroit magnifique que l'apprenti peintre pratiquera son art en créant en plein air des aquarelles.  Il se remémore : « Que je peigne des natures mortes ou que je collecte des matériaux pour des sculptures naturelles, je prenais conscience de l'élégance des objets, des gens et des lieux de tous les jours. »

Nul doute que la maison imaginée par le grand architecte Frank Lloyd Wright, (une des neuf "Usonian houses" conçues par lui dans l'État de Washington), a pu l’inspirer par son caractère exceptionnel. 


Elle ne rivalisait pas avec la splendeur de Falling Water, le chef-d’œuvre de Wright, mais la maison Lou Penfield a été restaurée et achevée par son fils, Paul Penfield, qui l’avait héritée de son père.  En 2003, elle a été inscrite au registre national des lieux historiques et a ensuite servi de résidence de location pour les touristes.



🎨LA MARINE AMÉRICAINE ET LA FORMATION AUPRÈS DE MAÎTRES IMPORTANTS...

Avant de rejoindre l’Olympic College, après avoir déménagé à Poulsbo, Robin Weiss a effectué son service militaire dans la marine américaine.  Il n’a pourtant jamais mis de côté la peinture.  Pendant cette période, il réalisait des aquarelles alors qu’il se trouvait à bord des navires.

Après son service militaire, il entame des études collégiales en ingénierie architecturale et en arts à l’Olympic College, près de Poulsbo, avant de se lancer dans une carrière à plein temps en peinture.

Au collège, ses professeurs Jane Wallace et Deanne Lemley l’encouragent et l’aident à perfectionner ses aquarelles. 


Plus tard, lorsqu’il se tournera vers la peinture à l’huile, les œuvres des peintres professionnels Richard Schmid (1934-2021, photo ci-dessus), John Singer Sargent, et Joaquin Sorolla, influenceront fortement son savoir-faire artistique.

Weiss a aussi suivi de nombreux cours et participé à plusieurs ateliers animés par des maîtres tels que : Darrell Anderson, Jim Lamb et Ned Mueller.  

Mais le véritable tournant dans son apprentissage a eu lieu il y a une vingtaine d’années, entre 2005 et 2006, lorsqu’il a rejoint en ligne le mouvement « Daily Painters », après avoir découvert des artistes tels que Duane Keiser et Julian Merrow Smith.


C’est en s’imposant de réaliser une peinture chaque jour que Robin Weiss a développé une discipline solide, améliorant rapidement et fortement sa technique, ainsi que son sens de l’observation et de l’interprétation des sujets à peindre.  Cela a également éliminé sa peur de rater ses tableaux.  Ne dit-on pas que c'est en forgeant qu'on devient forgeron ?

Même s'il est maintenant un vétéran peintre septuagénaire, Weiss avoue qu'il continue à apprendre et à progresser artistiquement et techniquement.  Mais le savoir-faire acquis avec l'expérience et l'enseignement de ses anciens professeurs lui permettent aujourd'hui d'enseigner son art à sont tour, au studio Knowles, chez lui, à Poulsbo.


🎨 LA RECONNAISSANCE DE SON ART, ET SES SUJETS DE PRÉDILECTION... 

Même si certains critiques d’art rangent Robin Weiss dans la catégorie un peu réductrice de peintre de plein air régional, il reste un artiste reconnu pour ses paysages « atmosphériques », ses scènes urbaines et maritimes riches (comme "The Ferry to Varenna", photo ci-dessus), et sa manière unique de saisir les variations de la lumière naturelle.       

Son travail n’est pas de tout repos.  En tant que peintre de plein air, il doit affronter les caprices du temps comme la chaleur écrasante, le froid mordant, le vent, ou la pluie ; dénicher le bon angle pour peindre ses sujets sur des terrains parfois compliqués ; et travailler rapidement pour saisir le moment de la journée où la lumière est idéale, ce qui peut ne durer qu’une vingtaine de minutes.  

Chaque toile doit être réalisée "alla prima", c’est-à-dire en une seule séance, avant que la lumière ne change.  Weiss insiste sur le fait que tout repose sur la luminosité et le timing.  Avec son sens affûté de l’observation et du rythme, il cherche le moment précis où la lumière du jour métamorphose les paysages, et où leurs couleurs s’illuminent des teintes recherchées.



Il insiste sur deux points essentiels avec ses étudiants : corriger leur principal défaut, qui est de ne pas mettre assez de peinture sur leur palette, de se perdre dans les détails, et apprendre à mieux observer leur sujet.  

Il explique : « ... Une observation attentive de la scène avant de peindre est très importante.  Il est facile de s’enthousiasmer pour une belle scène de la nature, puis de se dépêcher de commencer, avant d’observer attentivement la relation entre formes et couleurs.  La technique rapide du croquis miniature est utile pour éviter d’être submergé par les détails, surtout pour les débutants ».

Inspiré par la beauté de son environnement, Robin Weiss affectionne particulièrement la lumière d’ambiance qui enveloppe les paysages du Nord-Ouest du Pacifique, la végétation côtière, l’architecture historique de la région, la vie marine du détroit de Puget près de chez lui, ainsi que les scènes de rue animées de Seattle.
  


🎨 SON INSPIRATION, SON RÔLE, SA MISSION...    

Robin Weiss puise avant tout son inspiration dans la beauté de la nature, qu’il considère comme une œuvre divine et intemporelle.  Sa mission est de saisir toute sa magnificence et sa poésie, particulièrement lorsque la lumière atteint son apogée au moment sublime.

Il raconte : « Avec de la peinture à l’huile, j’essaie de capturer ce que mon œil voit et ce que mon cœur ressent de la beauté incroyable qui m’entoure » (...) « Les aperçus de la nature arrivent souvent au coin de mon oeil, dans un éclair de lumière et d’ombre.  Ce sont les sujets qui me fascinent le plus.  Parfois, juste pour un instant fugace, ces scènes sont des bijoux à capturer et le défi est de garder leur éclat intact sur des canevas ou du papier ».

Selon lui, sa mission, son rôle, c’est la recherche de la beauté et de la vérité dans son art, parce qu’elles reflètent l’oeuvre divine du Créateur suprême.  Weiss a résumé ainsi sa conception de l'art : « L’art est plus qu’une vocation, pour certains je crois que c’est un appel.  En combinant imagination et foi, on crée de magnifiques œuvres d’art qui nous rappellent Sa perfection et son intemporalité.  Dans l’art, on nous donne un présage d’éternité ».



🎨 SES TECHNIQUES 

En général, Robin Weiss débute ses peintures en esquissant en arrière-plan les grandes masses du paysage, ou de son sujet, avec des couleurs diluées.  Dans le nord-ouest du Pacifique, les paysages regorgent de tons bleus et verts.  Weiss veille donc à éviter la monotonie en explorant d’autres nuances de couleurs pour apporter équilibre et harmonie à ses compositions.

Il complète :« Je commence presque toujours mes peintures par une teinte rougeâtre/orangée pour compléter les verts et bleus prédominants de notre paysage.  Vous trouverez donc toujours de l’oxyde d’orange transparent ou, mon nouveau favori, la rouille de la quinacridone. J’inclus aussi Bleu Outremer, Viridian et Jaune Hansa ».



Avant de commencer, il réalisera un petit croquis ou une simple esquisse de son sujet à l’aide d’un cadre en carton ou en plastique transparent.  Cela permet de bien cadrer, de prendre les bonnes mesures ou dimensions, et d’éliminer dès le départ une bonne partie des détails inutiles qui risqueraient de surcharger ou d'embrouiller sa toile.

Après avoir peint l’arrière-plan de son tableau, Weiss affine les formes, ajoute des jeux de lumière et des reflets, puis construit peu à peu la profondeur du paysage.  Le résultat final est une scène naturelle lumineuse, réalisée directement sur place en une seule séance de travail.  Ce processus est démontré dans la vidéo ci-dessous...     
     

🎨 SES OEUVRES MARQUANTES...

Robin Weiss est considéré comme un peintre régional plutôt qu’un maître de renom.  Ainsi, ses toiles ne s’écoulent pas pour des centaines de milliers ou des millions de dollars, mais se situent plutôt dans une fourchette de 400 à 1 500 $ US.   Ses œuvres les plus prisées et connues représentent le nord-ouest du Pacifique, des scènes urbaines, et des paysages côtiers.

☆ Ses oeuvres signatures :



🎨 City Shade, Seattle : une peinture à l’huile de 20 x 20 révélant la maîtrise des couleurs et des jeux de lumière et d’ombre par Robin Weiss, dans un décor urbain typique de la ville de Seattle. Son prix de détail avoisine les 1 400 $.




🎨 First and Pine, Seattle : Un exemple phare de son style de rues "mouillé sur mouillé" (wet-on-wet) capturant l’ambiance sombre du centre-ville de Seattle.



🎨 Bagley Lake : huile 20 X 20.  Peinture de paysage de montagne typique du travail de Robin Weiss, centrée sur la lumière, la sérénité, et la nature du Nord-Ouest américain.  Le lac Bagley est situé près du mont Shuksan dans la chaîne des Cascades.  

Les arbres et les montagnes environnantes se reflètent dans le lac miroir au centre de la composition.  Weiss utilise des verts profonds, des bleus limpides, et des touches de violet ou d'ocre pour suggérer la lumière changeante, et une impression de tranquillité alpine.  C'est toujours ce qu'il recherche dans ses tableaux.



🎨 Washington Coast at La Push : huile 15 X 30.  La plage de La Push, sur la côte du Pacifique, est connue pour ses rochers monumentaux, ses vagues puissantes, et ses falaises sombres.  C'est un sujet de choix pour Robin Weiss qui accentue les contrastes de couleurs entre l'écume blanche et les rochers sombres.  Le tableau évoque la force brute du Pacifique, avec une lumière dramatique, et un ciel chargé, typique des scènes marines qu'affectionne Weiss.  Tout comme Bagley Lake, ce tableau se vend dans les $ 1 400.



🎨  Suldan's Boat Shed, Port Orchard, WA : c'est un exemple des petits formats (6 X 8) des tableaux de Robin Weiss qui se vendent très rapidement, pour environ $ 425.  Weiss aime peindre des scènes maritimes et l'architecture illustrant de vieilles structures côtières.  Suldan's Boat Shed est un ancien hangar à bateaux situé sur le front de mer de Port Orchard, typique des structures maritimes du Puget Sound : bois patiné, lumière côtière, et ambiance portuaire authentique.



Parmi mes tableaux préférés figurent « Coral Cove » (photo ci-dessous) et « UW Cherry Bomb » (photo ci-dessus).  Les contempler me procure un effet « WOW » garanti, qui traduit toute mon admiration pour les œuvres de Robin Weiss. Je suis un grand fan !  Il n’a pas seulement peint dans sa région, mais a également créé de superbes toiles en Californie, en Floride, en Irlande, et en France.


Robin Weiss est un peintre prolifique qui a vendu des centaines de toiles, aussi bien à des particuliers, qu’à des collectionneurs d’entreprises à travers le monde.  Ses œuvres ont été publiées dans diverses revues, comme "Plein Air Magazine", ainsi que sur des sites web tels que "Daily Painters". Plusieurs galeries d’art, comme Scott Milo, Cole, Front Street, ou Liberty Bay, exposent souvent, et proposent également de vendre, plusieurs de ses réalisations.



 
🎨 STYLE ET COMPARAISONS...  

Le style pictural de Robin Weiss s’inscrit clairement dans l’impressionnisme contemporain américain, et le mouvement moderne du plein air (démontré avec éloquence dans le tableau ci-dessus "Dosewallips + Elk).  On peut le comparer à celui de certains peintres contemporains, ou à celui de grands maîtres historiques.  Parmi ces derniers :



🎨 Camille Pissaro (1830-1903): un peintre  Français reconnu comme le doyen des impressionnistes, qui comme Robin Weiss aimait peindre des paysages ruraux, et des scènes de rues animées.  Les deux artistes ont brillamment su capturer le mouvement des personnages grâce à la lumière filtrant entre les arbres et les éléments architecturaux.



🎨 Childe Hassam (1859-1935) : En tant qu’impressionniste américain de premier plan, Hassam a peint de manière célèbre les rues pluvieuses de New York et des côtes de la Nouvelle-Angleterre.  Les peintures de Weiss représentant les rues humides et scintillantes de Seattle partagent avec lui une ambiance, une palette de couleurs, et une texture identiques.


🎨 Duane Keiser (né en 1966 à Beaufort en Caroline du Sud) : est un artiste peintre américain contemporain célèbre pour avoir initié le mouvement international "A painting a day" (une peinture par jour) en 2004.  C'est ce mouvement qui a inspiré Robin Weiss en 2005.  Les deux artistes pratiquent la méthode "alla prima", et saisissent des sujets en apparence banals – comme un coin de chambre ou la façade d’un magasin – qu’ils transforment en scènes extraordinaires, grâce à leur jeu de lumière.
 


🎨 Michele Usibelli (née à Seattle en 1962) : Une autre peintre impressionniste du Nord-Ouest Pacifique.  Comme Weiss, Usibelli utilise une texture riche et picturale, ainsi qu’une palette de couleurs vibrantes, pour représenter des paysages régionaux, des scènes maritimes, et des figures, avec un fort sens de la lumière et du drame.  Elle est donc proche de Robin Weiss à tous points de vue...



🎨 John Burton (né à Salt Lake City, Utah, le 13 mars 1966) : est un peintre moderne en plein air de renom, connu pour ses compositions puissantes, et ses paysages atmosphériques.  Burton et Weiss s’appuient tous deux sur un pinceau lâche et assuré, ainsi qu’une compréhension approfondie de la théorie des couleurs, pour établir la profondeur et l’ambiance en scènes extérieures.

Pour clôturer en beauté cet article, découvrez ci-dessous un diaporama des plus belles œuvres de Robin Weiss...



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lundi 25 août 2025

DANS LE FASCINANT LABORATOIRE PICTURAL DE L'ARTISTE PEINTRE ZOEY FRANK.


L'artiste peintre américaine Zoey Frank ressemble à une scientifique.  Chaque jour, elle fait de la recherche en peignant ses tableaux.  Elle évolue d'un tableau à l'autre, chaque toile répond formellement à l'autre.  Curieuse, elle questionne, enquête, formule des hypothèses dont elle vérifiera la validité en peignant.

Elle entretient une sorte de conversation ou de dialogue avec sa toile.  Ça devient une rencontre entre elle et son sujet.  Une rencontre qui s'enrichit au fur et à mesure de son dénouement, et qui parvient à définir sa propre façon de percevoir son environnement, et le monde.

Sans plan pré établi, sans thème ou objet particulier, elle part presque du hasard, ou d'une idée furtive, pour se lancer dans une recherche formelle active.  Le point de départ pourra aussi être l'application d'une étude de couleurs, ou un simple croquis.  Un élément en appellera un autre.  S'il ne convient pas au premier, ou au 10e, il sera effacé partiellement, gratté, enlevé, superposé, ou modifié.

GIRL  IN  STRIPED  SHIRT

Une toile ne sera finie que si l'oeil averti de Zoey Frank n'accroche nulle part sur le canevas.  Si tout est respecté : composition, espace,  couleurs, équilibre, rythme, tension, lumière.  Ou si un problème précédent a bien été résolu.

Le tout est fait dans un but esthétique, qui fait briller les petits détails, les petites choses ordinaires, anodines, ou négligées, qui deviennent tout à coup, par son art, des objets ou des motifs de beauté, qui nous touchent avec éloquence. 

Ce qui est extra avec cette artiste née en 1987, à Boulder, au Colorado, c'est la riche diversité de ses oeuvres.  Elle ne se cantonne pas, comme beaucoup d'autres peintres, à un style, un genre, ou à un sujet en particulier.

BRUNCH

Certains peintres sont strictement des paysagistes, des portraitistes, des naturalistes, etc.  Zoey Frank peut être tout cela à un moment ou à un autre.  Sa peinture évolue sans cesse, mais elle semble aller de plus en plus vers l'abstraction.  Bien que le figuratif garde toujours une place pour bien ancrer la composition dans la vérité. 

Enfant, la petite Zoey passait beaucoup de temps à dessiner ou à fabriquer des choses.  À l'école, en 7e année, après une leçon portant sur la Renaissance Italienne, c'était décidé : elle serait une artiste.

L'été suivant, elle suit des cours de dessin, et la suite de son éducation fut orientée vers l'art pictural.  Rendue à l'étape de l'apprentissage au niveau collégial et universitaire, Zoey s'impatiente et choisit une formation plus pratique en s'inscrivant à "l'Atelier Classique de la Gage Academy of Art".  Elle étudie avec Juliette Aristides.

SANDWICH  # 2

À cet endroit, elle acquiert les techniques et les compétences de base du métier de peintre (leçons d'anatomie, d'observation, de structures).  C'est une formation traditionnelle, classique.  On apprend ce qu'il faut faire, et ne pas faire.

Mais les procédés enseignés à cette école sont trop limitatifs ou étouffants pour Zoey Frank.  Certes, ils fournissent des outils utiles et nécessaires pour savoir peindre, mais la jeune peintre voudra rapidement s'affranchir des normes que ces procédés sous-tendent.

Frank sent alors le besoin de pousser plus loin son désir de se perfectionner.  Elle fait sa maîtrise en art (Master of Fine Arts) au Laguna College of Art and Design, à Laguna Beach, en Californie.

LEMON  TREE


Dans cette école, elle apprend grâce à une grande variété de professeurs.  Elle apprend aussi au contact d'une multitude d'étudiants venant de tous les horizons.  Les travaux pratiques, également fort diversifiés, lui permettent d'essayer des techniques et des méthodes nouvelles, qui vont l'orienter vers la découverte de sa propre façon personnelle de peindre.

Zoey Frank n'attendra pas de maîtriser tout son savoir technique ou professionnel pour commencer à peindre sérieusement.  Déjà, durant ses études, -et pour justement payer ses études-, elle vendra ses toiles sur le marché public.  On lui a pourtant conseillé le contraire, c'est-à-dire, attendre d'être bien établie avec un bon nombre d'oeuvres valables, avant de les publier.

Mais, puisque, instinctivement, le talent est déjà là, et qu'elle veut explorer l'univers visuel vers lequel elle tend, et pour lequel elle se passionne au plus haut point, Zoey Frank lance sa carrière, sans attendre.  Les ventes hâtives de ses toiles, l'attention et la collaboration rapides des galeries d'art, lui prouvent qu'elle avait raison de précipiter ses débuts professionnels.


Bien sûr, Zoey Frank ressentait de l'incertitude et de la vulnérabilité en se lançant si jeune dans l'exigeant monde commercial.  Après avoir progressé dans son métier, madame Frank a pu jeter un oeil critique sur ces premières toiles rendues publiques.  Elle y a vu les défauts et les erreurs, mais elle a aussi constaté qu'ils lui avaient servie à progresser dans son développement en tant qu'artiste.  Elle avait simplement fait de son mieux, à cette étape précoce de son cheminement...

Sa façon unique de peindre, elle l'a davantage apprise par elle-même, en autodidacte, en observant les oeuvres des grands maîtres à travers l'Histoire.  En comprenant, adaptant et modernisant leur approche, leur langage pictural, leur style, leur perception du réel, et leur manière de peindre.  Zoey Frank pourra même s'inspirer de leurs divers procédés à travers les époques (médiéval, cubisme, moderniste, etc) pour peindre différemment un même objet, aussi banal ou stupide qu'un sandwich, par exemple.    

Cette étude de l'évolution historique de l'art de peindre a exacerbé cet intérêt initial et primordial dans son propre art : montrer le mouvement, le changement progressif des objets, des endroits, des situations, et des êtres.  Ce faisant, Zoey Frank refuse le concept de "nature morte", et on verra dans ses toiles beaucoup de fragmentations, et de superpositions.
  
KIRSTEN

Par exemple, des objets, des plantes, des endroits, pourront être peints plusieurs fois selon qu'ils auront vieilli, ou changé en fonction du temps, ou de la lumière extérieure; au fil des heures de la journée ou des saisons.  La toile pourra même conserver des éléments rappelant l'état initial du début du changement, ou les étapes suivantes du mouvement.

Madame Frank aime jouer avec les échelles de grandeur des objets et des figures sur ses tableaux.  Elle veut établir des relations actives, entre les divers éléments de ses compositions.  Dans l'espace de ses toiles, chaque endroit, chaque objet, chaque forme, chaque couleur, chaque position, est d'importance égale.  Même l'arrière plan...

Chacun des élément est une pièce du puzzle, et il doit être placé au bon endroit, au bon moment.  Tant qu'il ne l'est pas, Zoey cherchera ce qui ne va pas dans la composition du tableau. Elle pourra ajouter, enlever, modifier l'élément problématique dix fois, vingt fois, jusqu'à ce qu'elle ait trouvé la solution satisfaisante qui s'accorde à l'ensemble des parties de l'oeuvre. 
 
TABORET













L'élément manquant, qui sera ajouté, est souvent insolite : une couleur surprenante, une plante exotique, un oiseau en cage, ou une forme géométrique inattendue.  Tout ça pour dynamiser l'ensemble de la toile, attirer la curiosité ou l'attention de l'observateur, en le déstabilisant un peu...

Ce qu'elle vise par ce procédé, c'est créer un impact, un choc visuel, sans que le sujet ait nécessairement une signification explicite.  Elle dira : «Je ne veux pas peindre ce que je vois, mais ce que je ressens en peignant».  

Son approche est profondément contemporaine.  Elle valorise le processus, l'intuition, la transformation.  Elle ne cherche pas à illustrer un sujet, mais à faire émerger une peinture vivante, vibrante, qui reflète son cheminement artistique personnel.

POOL  PARTY

Zoey Frank utilise la peinture comme un laboratoire visuel pour tester, déconstruire et réinventer les règles de la composition, de la couleur et de l'espace pictural.  Elle procède par essais et erreurs, un peu à la façon d'un savant dans son laboratoire.  Chaque correction est une avancée vers une découverte révélatrice.  Elle cherche à équilibrer les couleurs et les masses.  

C'est toujours un "work in progress" expérimental, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à apporter ou à modifier pour faire du tableau une réussite.  Selon que Zoey Frank rencontre des difficultés ou des problèmes, en peignant une toile, celle-ci pourra demeurer incomplète, ou en "jachère", pour des semaines ou des mois, en attendant que le temps fasse son oeuvre.

Elle ne s'acharnera pas en vain, ou jusqu'à l'écoeurement, sur une toile difficile, qui refuse de livrer ses promesses, ses clés, ou ses secrets.
 
WHITE  DRESS

C'est ainsi que madame Frank pourra avoir une dizaine de tableaux en attente.  Pas question de forcer les choses pour, par exemple, fournir un nombre "x" de toiles pour une exposition à venir.  Dans son travail quotidien, c'est essentiel de garder la fraîcheur et l'élan initial. 

Puisque chaque tableau de Zoey Frank est le fruit d'expérimentations de toutes sortes qui se révèlent dans plusieurs couches de peinture sur la toile, l'observation de ses oeuvres, par l'amateur d'art, devient un voyage visuel qui provoque une sorte de rêve éveillé, entre le réel et l'irréel, entre la perception et le sentiment.

Chaque regard dévoile de nouveaux détails du tableau, qui tracent une perspective originale et racontent de nouvelles parties d'une histoire captivante, quoique, parfois, assez déroutante.

PARADE

Puisque les oeuvres figuratives de madame Frank intègrent de plus en plus de caractères abstraits, il me semble qu'elles s'approchent du surréalisme, sans en épouser pour autant le côté sombre, et sans devenir brouillonne.  Au contraire, ses peintures demeurent charmantes, et un brin innocentes, ou doucement nostalgiques.

Elle ne sait pas elle-même ou ses expérimentations de "laboratoire" vont la conduire dans le futur.  Mais à en juger par le chemin parcouru, on ne risque pas d'être déçu par son évolution.



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